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Retour sur le Tombeau des lucioles, bouleversant chef d’œuvre du studio Ghibli
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Alors qu’une grande partie du catalogue du Studio Ghibli se trouve sur Netflix, on revient sur l’une de leurs plus bouleversantes œuvres, Le Tombeau des lucioles d’Isao Takahata.

Il y a de ces grands films dont on ne se remet jamais vraiment tant leur impact émotionnel et artistique dépasse l’écran pour venir nous remuer de l’intérieur. C’est la trace qu’a laissé Le Tombeau des lucioles, troisième création du Studio Ghibli, dans le cœur de nombre de spectateurs, et ce pourquoi l’on décide de revenir sur ce chef d’œuvre intemporel du cinéma d’animation. Sorti en 1988 en double-séance avec le plus coloré Mon Voisin Totoro, le film d’Isao Takahata, qui officiait en tant que producteur sur les deux premiers longs-métrages du grand Hayao Miyazaki (Nausicaä de la vallée du vent et Le Château dans le ciel) forts tous deux d’une amitié et d’une collaboration professionnelle de près de 55ans. Le Tombeau des lucioles se veut être une adaptation fidèle d’une nouvelle en partie autobiographique, La Tombe des Lucioles de Akiyuki Nosaka. L’auteur avait en effet déclaré avoir refusé nombre de propositions d’adaptations cinématographiques, ayant peur d’y voir sacrifier toute l’atmosphère de sa nouvelle, porté par des interprètes n’ayant pas la légitimité de faire transparaître sa bouleversante et tragique histoire.

L’enfance, comme une bulle d’insouciance au milieu de l’horreur de la guerre

Et c’est pourtant le respect de l’œuvre originale, ici transfigurée par l’animation, qui a pourtant su convaincre Akiyuki Nosaka (qui aura même reconnu certains quartiers de son enfance) alors qu’il a déconcerté nombre de spectateurs, et valu au film d’être un succès d’estime au Japon, heureusement rattrapé par les recettes et le merchandising autour de Mon Voisin Totoro. Selon kanpai.fr, le ressenti des spectateurs assistant à cette double programmation s’en trouvait complètement chamboulé de par l’ordre de diffusion des deux longs-métrages du studio Ghibli. Privé de sortie américaine par son distributeur français Walt Disney, où le film ne fut disponible qu’en DVD, Le Tombeau des Lucioles fut également repoussé indéfiniment en Corée du Sud, de par sa représentation du rôle des troupes impériales japonaises durant la Seconde Guerre Mondiale.

L’enfance comme unique refuge


Parce que dans sa nouvelle éponyme publiée en 1967, Akiyuki Nosaka contait le décès de malnutrition de sa petite-sœur Nosaka au milieu de la violence des bombardiers des frappes américaines de la Seconde Guerre Mondiale, l’adaptation d’Isao Takahata décidant ici d’en faire son sujet principal. À savoir celui de la mort inéluctable de ses deux protagonistes principaux précipité par leur choix d’enfermement dans une bulle enfantine, aussi insouciante qu’irrémédiablement condamnée. Parce que la violence ne vient pas uniquement de la Guerre, mais comme dans nombre d’œuvres du studio Ghibli du monde adulte qui rejette en masse ces deux orphelins devenus contre leur gré de pauvres mendiants coupés du monde. La nature, autre grand sujet du studio d’animation japonais, y paraît ainsi comme un miroir de l’enfance, aussi enchanteresse que dangereuse de par ses choix irraisonnés, une vision qu’a révélé l’affiche du film lorsqu’un fan a simplement décidé d’en augmenter la luminosité, révélant ainsi derrière les lucioles la présence de bombardiers.

La Guerre transfigurée par l’émerveillement enfantin

Le Tombeau des lucioles nous conte ainsi, au travers de son personnage principal l’acceptation d’un deuil qu’il s’était évertué à refuser tout au long du récit. Choisissant tout d’abord de mentir à sa sœur au sujet du décès de leur mère, Seita choisira ainsi la fuite qui précipitera sa sœur vers la mort, d’un deuil qu’elle-seule aura accepté au mépris de la fierté de son frère. Un deuil refusé, enfoui sous une aventure enfantine, tel un refuge censé les protéger d’une sombre réalité dont Seita choisit rapidement de s’extraire. Ainsi, si la superbe animation faisant le choix du naturalisme restitue à merveille la violence de la Seconde Guerre Mondiale, le ton enchanteur ne se trouvera présent que pour représenter le merveilleux lié à l’enfance, et la subjectivité de leur regard et de la propre temporalité des deux protagonistes, les retranchant dans une bulle à part.

Le ton lyrique sert également de finalité au récit et du sort dont auraient pu rêver les deux protagonistes lorsque ces derniers se trouvent confrontés, en tant que fantômes, face à la ville de Kobe émaillée de gratte-ciels. Cependant, si l’adaptation se veut la plus fidèle possible, Le Tombeau des lucioles laisse cependant la porte ouverte à de multiples interprétations. Notamment sur le rôle de Seita, au travers de ses choix douteux menant à la mort de sa sœur, pouvant également se lire comme une métaphore de la position du Japon et du repli du pays durant la Seconde Guerre Mondiale.

Et pour quelques larmes de plus


Hotaru no Haka, le titre original du Tombeau des lucioles, s’il s’avère être une traduction exacte, signifie également si on le décompose par caractères “le feu qui tombe du ciel”, amenant directement aux bombes lâchées par les bombardiers durant la Seconde Guerre Mondiale, rejoignant ainsi la vision lyrique de l’affiche, qui cachée derrière sa noire lumière, révèle en fait des bombardiers au dessus des deux protagonistes. À noter également que l’œuvre d’Akiyuki Nosaka a bénéficié d’une seconde adaptation en prises de vues réelles en 2008, que nous n’avons pas vue pour le moment, dont on vous laisse un visuel ci-dessous.

Le Tombeau des lucioles, version 2008

Autant de raisons qui vous poussent à revoir où à découvrir d’urgence Le Tombeau des lucioles, qui aussi bouleversant puisse t-il être en cette période plus que compliquée, marquera irrémédiablement de par sa beauté, son récit, sa fidélité au matériau de base et à l’histoire du Japon tout simplement. Et vous laissera à jamais imprégné, comme seules les grandes œuvres savent le faire.

Le Tombeau des lucioles est disponible sur Netflix.

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