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Qui est Chloé Zhao réalisatrice de Nomadland et favorite aux prochains Oscars ?
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Deuxième réalisatrice à avoir obtenu le Golden Globe, Chloé Zhao a connu une impressionnante ascension depuis son premier-long métrage sorti en 2015, aujourd’hui propulsée favorite aux prochains Oscars et à la tête du blockbuster super-héroïque Eternals de Marvel Studios.

Chloé Zhao, cinéaste chinoise fascinée dès son plus jeune âge par le cinéma hollywoodien en pleine Chine communiste des années 90, cultive des obsessions auxquelles la réalisatrice est restée fidèle au cours de ses trois premiers longs-métrages. Cinéaste de l’exil, elle même arrivée à Londres, puis à New-York où la jeune femme suit des études de cinéma à la New York University et un cursus de sciences politiques dans une université pour femmes du Massachusetts , Chloé Zhao s’est fait remarquer en 2015 avec son premier long-métrage Les Chansons que mes frères m’ont apprises déjà présenté au Festival de Film de Sundance, au Festival du film Américain de Deauville puis à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes.

L’exil , les marginaux et les grands espaces américains, et en une image une synthèse du cinéma de Chloé Zhao

Les films de Chloé Zaho, c’est une équipe réduite au plus proche de son sujet. Accompagné sur ses trois longs métrages du directeur de la photographie Joshua James Richards , ce dernier apporte ainsi quelque chose d’organique aux grands angles filmés en décors naturels chers à la réalisatrice. Cultivant au travers de son cinéma un amour tout particulier pour les marginaux, la réalisatrice de 38 ans s’est même déclarée compréhensive envers les nombreux électeurs de Donald Trump, tout en se toutefois désolant de l’arrivée de ce dernier à la Maison Blanche. Chloé Zhao décrit ainsi parfaitement ces nombreuses vies qui ont sombré avec l’écroulement des grandes usines qui ont fait la gloire des Etats-Unis lors du siècle passé.

Ayant vécus avec nombre de ces déclassés lors d’un séjour dans le Midwest, refusant le mépris et la bien-pensance de nombreuses personnalités, Chloé Zhao, riche de cette expérience en a ainsi tiré le sujet principal de son Nomadland, parti en favori aux Oscars avec à son actif Le Lion d’Or à la Mostra de Venise et le trio Meilleur film, meilleur réalisatrice, meilleure actrice aux Satellite Awards. Mais comment passe t-on aussi aisément de la Chine communiste et du film indépendant aux sommets d’Hollywood ? On revient donc sur la carrière de la réalisatrice au travers de ses trois premiers films, et des quelques indices éparpillés comme une piste familière sur son quatrième long-métrage.

Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015)


Chloé Zhao, au plus proche de ses sujets, passe près de quatre années au cœur de la réserve de Pine Ridge avant de réaliser son premier long-métrage en tentant d’apporter une réponse à un questionnement complexe à savoir “Comment quitte-t-on le seul endroit qu’on a jamais connu?“. Forte de son amour pour le Grand Ouest Américain hérité des westerns d’Arthur Penn, Sam Peckinpah et de l’œuvre de Terrence Malick, la réalisatrice pose ses caméras au cœur des paysages sauvages des Badlands et des grandes plaines du Dakota du Sud. N’ayant prévu aucun scénario à l’avance, Chloé Zhao écrit au jour le jour et privilégie ainsi le réel en filmant des instants de vie.

© Diaphana

Les Chansons que mes frères m’ont apprises évoque parfois le lyrisme d’un Terrence Malick qui rencontrerait un vrai cinéma social brut et à fleur de peau. Parce que le premier film de Chloé Zhao se veut aussi beau que dur dans sa description de cette réserve où telle un purgatoire, les nombreuses âmes tentent de donner un sens à leur vie sur les terres qui les ont ont vu grandir et n’arrivent à s’en extraire. Entre paradis d’enfance et enfer où le démon de l’alcool tente de prendre chacun des personnages, Les Chansons que mes frères m’ont apprises de par sa superbe photographie et ses interprètes lumineux, est ainsi une déclaration d’amour déchirante à la terre natale. Produit par ni plus ni moins que Forest Whitaker en personne et bénéficiant d’un bel accueil en concourant pour la Caméra d’Or à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes, et au Festival du Film Américain de Deauville 2015 où Les Chansons que mes frères m’ont apprises a été présenté, le premier long-métrage de Chloé Zhao s’est même offert le luxe d’être sélectionné au Festival de Sundance la même année.

The Rider (2017)


Toujours très imprégnée de son expérience au cœur de la réserve de Pine Ridge, Chloé Zhao se sert de sa fascination pour les cow-boy Lakota. Ces derniers, à la peau blanche, revêtissent sur leurs chapeaux des plumes des Indiens en hommage à leurs ancêtres, des cow-boy indiens, et déjà un joli paradoxe. Développant une relation toute particulière avec l’un d’entre eux, Brady, dresseur connecté aux chevaux stoppé dans sa carrière par un grave accident, Chloé Zhao tire alors de ses visites à l’hôpital le sujet de son prochain film. Tourné en équipe réduite d’une façon similaire à son premier long-métrage, la réalisatrice collabore une nouvelle fois avec le directeur de la photographie Joshua James Richards avec ce même désir d’authenticité.

© Highwayman Films, Caviar, Les Films du Losange

The Rider perpétue ainsi l’histoire d’amour douloureuse entre un milieu et ses personnages. Après la déchirante déclaration à la terre natale dans Les Chansons que mes frères m’ont apprises, celle réservée aux chevaux et plus particulièrement au rodéo d’un cow-boy qui doit se détacher de sa monture pour rester en vie. Après avoir tenté de répondre à la douloureuse question “Comment quitte-t-on le seul endroit qu’on a jamais connu ?“, The Rider tente d’aborder un questionnement tout aussi vaste, à savoir “Comment renoncer à notre passion ?”. Chloé Zaho signe ainsi un portrait tout en sensibilité et déshabille le cow-boy de ses attributs pour scruter le déchirement intérieur. L’accueil réservé à The Rider est dithyrambique : en plus d’obtenir le Grand Prix au Festival du Film Américain de Deauville, le second long-métrage de Chloé Zaho intègre la prestigieuse sélection du Festival international du film de Toronto 2017. Rencontrant près de 100 000 spectateurs en France, cette confirmation publique et critique permet à Chloé Zaho d’être choisie pour mettre en scène le blockbuster super-héroïque The Eternals des Marvel Studios.

Nomadland (2020)


Chloé Zhao, fidèle à elle-même et à son cinéma, perpétue son observation des laissés pour compte en adaptant le roman Nomadland : Surviving America in the Twenty-First Century écrit par la journaliste Jessica Bruder. La réalisatrice choisit ainsi logiquement l’actrice Frances McDormand pour le premier rôle, déjà récompensée de l’Oscar de la Meilleure Actrice pour un personnage de laissée pour compte faisant écho à celui de Nomadland dans le Three Bilboards : Les Panneaux de la Vengeance de Martin McDonagh. Les droits ayant étés rachetés par Fox Searchlight Pictures, filière de la Twentieth Century Fox récemment rachetée par Disney (jamais loin de ses poulains depuis la nomination de la réalisatrice sur un blockbuster Marvel) , Nomadland bénéficie alors d’un rayonnement encore plus important et se voit présenté à la Mostra de Venise, où il remporte le Grand Prix, avant de décrocher deux récompenses majeures lors des derniers Golden Globes, consacrant le troisième long-métrage de Chloé Zhao en meilleur film dramatique et de meilleure réalisatrice.

© Fox Searchlight Pictures

Nomadland s’offre ainsi comme un première synthèse de la jeune carrière de Chloé Zaho. Retrouvant le Grand Ouest Américain et les Badlands, la réalisatrice quitte la réserve de Pine Ridge pour un portrait d’une Amérique à bout de souffle. Toujours traversé par une douloureuse histoire d’amour, ici celle d’un deuil impossible, et de grands espaces censés ponctuer le vide intérieur, Nomadland ouvre grand les portes du cinéma de Chloé Zhao. L’exil perpétuel est ainsi au centre du récit de Nomadland, road-movie intérieur où la réalisatrice allie pour la première fois acteurs de renom et non-professionnels. Si Frances McDormand, également productrice, est bouleversante, elle accompagne une galerie de portraits de retraités laissés pour compte aussi juste que bouleversante. Des froids locaux d’Amazon aux étendues des Badlands, il n’y a ainsi qu’un pas, d’un pays transfiguré par ces nomades, dont la caméra amoureuse de Chloé Zaho perpétue la justesse vue dans ses précédents longs-métrages. Et même si l’on à très envie de vous en dire plus, notre critique détaillée de Nomadland arrive très bientôt.

The Eternals (2022)


Beaucoup de réalisateurs issus du cinéma indépendant se sont trouvés à la tête d’une production estampillée Marvel : de Jon Watts sur les trois opus du Spider-Man de Tom Holland au duo Anna Boden et Ryan Fleck sur Captain Marvel, rares sont ceux à avoir réussi à offrir une véritable identité aux opus qu’ils ont mis en scène, le désir d’un gros studio résidant avant tout dans le fait de trouver des artistes malléables se pliant facilement à un cahier des charges préétabli. Cependant, de l’aveu de Chloé Zhao, Marvel prend énormément de risques avec The Eternals en laissant la réalisatrice filmer nombre de scènes en décors naturels en grand angle, sa marque de fabirque, compliquant ainsi la lourde partie dédiée à la post-production et l’incursion d’effets spéciaux.

© Marvel Studios

Même avec un projet d’une ampleur inédite dans sa carrière, Chloé Zhao à l’air, selon plusieurs interviews, de conserver sa vision, d’autant que l’un des personnages des Eternals, Uranos, rejoint le questionnement de l’exil chère à la réalisatrice car ce dernier y est envoyé dans l’espace. Sera t-on donc plutôt du côté de cinéaste comme James Gunn qui ont su conserver leur patte malgré la force de frappe du mastodonte où du côté des nombre de réalisateurs issus du cinéma indépendant qui ne se sont contentés que d’appliquer la ligne imposée ? Seul l’avenir nous le dira.

En attendant, tout les feux semblent au vert pour Nomadland aux Oscars, qui rejoindrait ainsi le vainqueurs de l’année 2017 Moonlight dans sa vocation de cinéma social, ici cependant dénué de questionnements raciaux. L’Académie des Oscars, qui s’est montrée très engagée durant le mandat de Donald Trump, offrirait ainsi un peu de visibilité à une population de délaissés du système américain faisant écho à leur propre histoire avec les colons fondateurs du Pays, qui demeuraient également des nomades. Comme le reflet d’une histoire qui se répète douloureusement, Nomadland serait ainsi la porte d’entrée idéale pour consacrer le talent de réalisatrice de Chloé Zhao, et également ponctuer un sérieux manque de représentativité des femmes du côté des récompenses offertes aux réalisateurs. Deuxième femme à avoir obtenu un Golden Globe, 37 ans après Barbra Streisand, Chloé Zhao pourrait doubler ce succès aux Oscars où seule Kathryn Bigelow a jusque là réussi à décrocher l’Oscar de la Meilleure Réalisatrice. Et donner un petit goût de Womanland amplement mérité.

La sortie de Nomadland est prévue en France pour le 21 avril 2021. La cérémonie des Oscars se tiendra le 26 avril 2021 et sera diffusée en direct sur CANAL+.

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