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Adieu Jean-Pierre Bacri [Hommage]
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Jean-Pierre Bacri nous quitte à 69 ans des suites d’un cancer. L’acteur incontournable du cinéma français n’était pas réapparu au cinéma depuis “Photo de Famille” en 2018. Hommage.

Il y a de ces acteurs que l’on ne voudrait jamais voir partir parce qu’ils se sont fait une place bien à part dans le cœur de nombre de spectateurs et cela, bien au-delà de la simple cinéphilie. Jean-Pierre Bacri en faisait pour moi partie. Dès mon plus jeune âge, il m’avait bouleversé dans Le Goût des Autres, la plus émouvante de ses collaborations avec Agnès Jaoui. En chef d’entreprise dépressif retrouvant la lumière dans les yeux d’une actrice de théâtre, l’acteur dépassait son rôle de personnage irascible pour toucher la corde sensible d’un homme dont le manque de culture devenait un poids bien trop lourd à porter, barrière infranchissable d’une femme qui avait décidé de ne rien voir d’autre que le type bourru qui était devenu sa marque de fabrique. Avec Agnès Jaoui, partenaire incontournable à l’écran comme à la ville, comme avec tant d’autres, l’acteur aura ainsi exploré cet attachant bougon dans toutes ses plus intimes variations, à qui il aura offert un sacré supplément de poésie, devenant l’un de ses incontournables acteurs dont la bonhommie aura su, au-delà de l’écran, se frayer une place bien à part, faisant instantanément partie de la famille.

Du bougon au bouleversant


Ces dernières années, s’il s’était plu à rejouer son rôle sans aucune nuances dans sa dernière et décevante collaboration avec Agnès Jaoui, Place Publique, où il campait un ersatz de Thierry Ardisson bien peu sympathique, Jean-Pierre Bacri aura ainsi eu le temps d’approfondir son rôle chez le tandem Eric Tolédano et Olivier Nakache avec Le Sens de la Fête, où il jouait le patron et patriarche de substitution d’une joyeuse bande de bras cassés, et plus particulièrement dans Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer et La Vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc. L’acteur apparaissait enfin au bout de son personnage, le confrontant à sa solitude et à son passé, offrant ainsi une relecture intimiste et sensible de son rôle fétiche. Ces deux prestations le faisaient alors passer de l’inénarrable et attachant oncle râleur à celui d’un homme tout simplement bouleversant, reliant ainsi la fiction avec l’âge de l’acteur et d’une carrière tout bonnement impressionnante.

Parce que si l’on ne se contentera ici pas d’un simple résumé de sa carrière, il est peu dire que la filmographie de Jean-Pierre Bacri aura dépassé la comédie populaire, où il aura notamment officié aux côtés de son copain Alain Chabat dès son premier long-métrage, Didier. Il apparaissait d’ailleurs à ses côtés en promotion du film Place Vendôme de Nicole Garcia en 1998 dans l’un des meilleurs sketchs que nous aura offert La Grosse Emission présentée par Alain Chabat. En plus d’être apparu dans son premier long-métrage, Jean-Pierre Bacri aura participé à La Cité de la Peur en projectionniste au destin funeste, dans son Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre en tant que commentateur du fameux passage sur la langouste et dernièrement en Père Noël dans Santa et Cie.

Sketch à 31:26

Parce que Jean-Pierre Bacri aura rapidement dépassé cette case de comédie populaire pour tourner avec les plus grands metteurs en scène français, passant volontiers de Diane Kurys à Luc Besson et de Jean-Marie Poiré à Claude Lelouch, et l’une de ses plus géniales prestations dans l’original On connaît la chanson de l’audacieux Alain Resnais, scénarisé par l’acteur lui-même et Agnès Jaoui, récompensé de 5 Césars. L’amour du dialogue, de l’étude de mœurs et de la confrontation sociétale aura ainsi offert des scènes qui auront marqué à jamais la comédie française, où l’irascible nous faisait mourir de rire, rejoignant ainsi le personnage de clown blanc et d’indécrottable râleur. On se souviendra d’une scène, s’il en fallait une, de son monologue du rêve d’Un Air de Famille ainsi que de sa fantastique réplique sur le bonheur conjugal, que l’on vous remet ci-dessous, rien que pour le plaisir.

L’acteur, s’il avait mis un certain temps à passer des seconds rôles aux têtes d’affiche, avait cependant pu dépasser son personnage de cinéma dans lequel il ne s’était jamais vraiment enfermé pour livrer d’époustouflantes interprétations notamment dans Les Sentiments de Noémie Lvovsky en 2003, avec la toujours impeccable Isabelle Carré, où l’adultère se faisait dévastateur sur les notes d’une chorale. Si l’on oublie de citer nombre d’autres longs-métrages dans lesquels l’acteur aura su émerveiller, il est donc peu dire que l’on attendait le retour au cinéma de cet homme discret, qui n’était pas apparu sur grand écran depuis le très monotone Photo de Famille en 2018. L’année commence donc de la plus triste des manières, et l’occasion de revoir ses comédies les plus cultes sera donc un bien maigre réconfort face à une telle absence. Adieu, Jean-Pierre Bacri.

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