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Jean-Pierre Bacri en une poignée de films
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Alors que les hommages pleuvent et que les grilles télé se bousculent pour honorer la mémoire de l’un de nos plus grands acteurs, l’on vous a concocté notre sélection toute personnelle de la filmographie de Jean-Pierre Bacri.

Pour la sensualité : L’Été en pente douce (1987)


Après des seconds rôles remarqués chez Alexandre Arcady, Claude Lelouch, Luc Besson et Diane Kurys, Jean-Pierre Bacri paraît enfin en tête d’affiche aux côtés de Jacques Villeret et de la regrettée Pauline Lafont, fille cadette de l’actrice Bernadette Lafont. Partageant avec sa mère le rôle d’une femme au charme dévastateur vue dans le Une belle fille comme moi de François Truffaut. Dans le rôle de Lila, l’actrice fera ainsi tourner la tête de Phane et de son frère handicapé mental et de tout un petit village du Sud-Ouest de la France. Jean-Pierre Bacri y incarne le rôle de paternel de substitution se rêvant en auteur de polar, cicatrice au visage et gant de cuir à la main dans ce western provincial sec et torride. L’Été en pente douce, second long-métrage de Gérard Krawczyk adapté du roman de Pierre Pelot, futur réalisateur de l’écurie EuropaCorp, surprend ainsi par sa moiteur et sa sécheresse, et permettra à Jean-Pierre Bacri de voir dorénavant son nom paraître sur le haut de l’affiche.

© DR

Pour l’amitié : Mes Meilleurs Copains (1989)


Si de l’aveu de Jean-Pierre Bacri, l’expérience de tournage avec Jean-Marie Poiré, qui ne lui accordait alors que peu d’intérêt, ne s’est pas avérée très agréable, Mes Meilleurs Copains demeurait pourtant aux yeux de l’acteur, et à juste titre, l’un des meilleur films du réalisateur du Père Noel est une Ordure et des Visiteurs. Co-écrit avec Christian Clavier, qui tient également le premier rôle et celui de narrateur, l’on retiendra pourtant le rôle d’homosexuel tenu par l’acteur à une époque où le manque de représentation de ce genre de rôle demeurait notable. Moqué et privé de sexualité alors que le SIDA envahissait le monde, Jean-Pierre Bacri émeut en pubard qui compense son manque de vie sexuelle par une intense pratique sportive, d’un film qui lui permit cependant de tisser d’indéfectibles liens avec Jean-Pierre Darroussin et Gérard Lanvin qu’il retrouvera à plusieurs reprises au sein de sa filmographie. Véritable film de générations aussi émouvant qu’attachant, Mes Meilleurs Copains, s’il n’avait su rencontrer son public à l’époque de sa sortie, s’avère pourtant être l’un des meilleurs exemples de films de copains, débordant de sincérité et d’humanité.

© Christian Fechner et Films A2

Pour le mordant : Un air de famille (1996)


La rencontre avec Agnès Jaoui sur les planches permettra à Jean-Pierre Bacri d’enfin figurer en haut de l’affiche au cinéma après L’Été en pente douce et Mort un dimanche de pluie et de faire reconnaître ses talents de scénariste. Après le succès de l’adaptation au cinéma de Cuisines et dépendances par Philippe Muyl, Cédric Klaspich, alors remarqué pour ses très réussis Le Péril Jeune et Chacun cherche son chat s’occupe de la mise en scène d’Un air de famille, autre pièce à succès écrite par le tandem Jaoui-Bacri. Et Un air de famille dépasse aisément son aîné de par sa véritable mise en scène qui appuie avec férocité ce grinçant portrait de famille, où après le râleur caché dans la cuisine secrètement énamouré de son ancienne amie, Jean-Pierre Bacri endosse le rôle d’un autre bougon, et du rôle de vilain petit canard écrasé par le poids de sa famille et de sentiments qu’il n’arrive à exprimer à sa femme partie réfléchir chez une amie. Annonçant en filigrane son personnage de chef d’entreprise bourru qui paraîtra dans Le Goût des autres, chef d’œuvre de sa collaboration avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri détonne ici de par son irrésistible répartie de répliques entrées directement dans le culte de la comédie française. Et de déjà pour l’acteur creuser ce rôle de bougon, comme une étiquette que l’on aura bien voulu lui donner, pour lui offrir derrière sa moue boudeuse une profondeur et une sensibilité inédites.

© Téléma, le Studio Canal+, France 2 Cinéma, Canal+, Cofimage 7, France-Film

Pour l’audace : On connaît la chanson (1997)


Après avoir signé le scénario de son diptyque Smoking / No Smoking, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri poursuivent leur collaboration avec le génial Alain Resnais pour On connaît la chanson où l’étude de caractères si chère au duo rencontre l’audace de mise en scène du réalisateur d’Hiroshima mon amour. Rythmée de tubes incontournables du patrimoine de la chanson française, On connaît la chanson voit ainsi Jean-Pierre Bacri toujours aussi juste dans le rôle d’un hypocondriaque dépressif se frotter à la troupe d’acteurs d’Alain Resnais pour un film choral rythmé, aussi original que juste. On connaît la chanson paraît ainsi en être l’un des exemples les plus aboutis tant Alain Resnais, en plus d’épouser à merveille le scénario d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, pousse sa démonstration jusque dans ses retranchements les plus jouissifs et expérimentaux, notamment lors d’une scène finale où la réunion des personnages se trouve mise en parallèle avec un ballet de méduses. Au sommet de leurs arts respectifs, On connaît la chanson est une démonstration artistique complète et aboutie, où quand l’humour et l’étude fine d’auteurs accomplis rencontre l’audace formelle d’un des plus grands réalisateurs français.

© France Télévisions, Arena Films, Caméra One, France 2 Cinéma, Greenpoint Films, Vega Films

Pour la solitude : Le Goût des autres (2000)


Le Goût des autres, même précédé des géniaux Un air de famille et On connaît la chanson, paraît toujours aujourd’hui comme le sommet de la collaboration Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Après s’être fait la main sur la bande annonce d’On connaît la chanson en plus d’en avoir co-signé le scénario, Agnès Jaoui passe donc à la réalisation de la plus brillante des manières et filme son compagnon à la ville comme à la scène Jean-Pierre Bacri de la plus bouleversante des manières. L’acteur y est un patron bourru, comme une continuation logique de son rôle d’Un Air de Famille, à qui l’on ajoute des notes encore plus subtiles d’homme dénué de culture s’amourachant d’une actrice avec qui il ne partage pas le même monde. Son histoire est ainsi la plus émouvante du récit, et voir l’acteur pleurer au théâtre rejoint la fabuleuse scène finale d’Un Air de Famille et de ses prestations les plus émouvantes. Récit choral des barrières sociales qui s’affrontent mais ne s’ouvrent malheureusement pas toujours, Le Goût des autres est ainsi une étude sociale fine, précise, sensible et parfois cruelle de ces classes qui se confrontent mais ne se mêlent pas.

© Canal+, France 2 Cinéma, Les Films A4

Pour la passion : Les sentiments (2003)


Le film d’adultère possède déjà en soi une partition toute particulière que Noémie Lvovsky décide de transcender en le rythmant d’une chorale. Jean-Pierre Bacri, en médecin de campagne blasé que sa femme n’attire plus, va à la rencontre de la haute en couleurs Isabelle Carré, de sa jeunesse et de leur passion, peu à peu se délester de sa carapace pour revivre l’amour de jeunesse avec la même incontournable fatalité que dans Une femme de ménage de Claude Berri. Noémie Lvovsky fait ainsi de ses Sentiments un basculement de la lumière vers l’orage, filmée telle une ascension et son irrémédiable chute. L’actrice-réalisatrice offre ainsi à son quatuor d’acteurs des rôles desquels ils s’extraient rapidement pour offrir de solides prestations, à l’image de l’audace dont Noémie Lvovsky fait preuve à la mise en scène pour rapidement dépasser son récit et filmer la passion destructrice et le renversant ballet des sentiments.

© ARP Sélection, TF1 Films Production, Hirsch Production

Pour la tendresse : Adieu Gary (2009)


Nassim Amaouche signe un premier long-métrage radieux où Jean-Pierre Bacri joue le paternel ancien ouvrier se réjouissant du retour de son fils, récemment sorti de prison. Le réalisateur parvient ainsi à filmer ce décor d’une ville d’anciens ouvriers comme un purgatoire où les personnages semblent en perpétuelle recherche d’eux-mêmes. Offrant à Jean-Pierre Bacri l’une de ses plus scènes de cinéma dans la peau d’un cow-boy à cheval dans les rues désertes de cette petite cité ouvrière, et à sa partenaire Dominique Raymond un rôle lumineux à des années-lumière de ses habituelles prestations, Adieu Gary paraît ainsi tel un petit coin de paradis. A la fois lancinant et attachant, le film de Nassim Amaouche se voit ainsi comme une peinture d’une ville où le bruit des machines a disparu, lui rendant ainsi toute sa désuétude et sa belle mélancolie. Jean-Pierre Bacri, à qui l’on a bien voulu lui coller l’étiquette de râleur, prouve ici une fois de plus que tout en retrait et en sourires bienveillants, était bel et bien l’un de nos plus grands acteurs.

© Les Films A4

Pour l’intimité : La vie très privée de Monsieur Sim (2015)


Il y a de ces films où la prestation de l’acteur dépasse largement l’intérêt du film en lui-même, et La vie très privée de Monsieur Sim en fait figure d’exemple. Si Michel Leclerc délaisse sa zone de confort pour inonder de pathos un film qui n’en réclamait pas tant, le metteur en scène et scénariste du Nom des Gens peut cependant pleinement se reposer sur la superbe partition de Jean-Pierre Bacri, injustement boudé au César du Meilleur Acteur la même année. L’acteur y est ainsi mis à nu, filmé au plus près à bord de son véhicule hybride avec pour seuls compagnons la voix d’un GPS et la solitude, et il y est tout simplement bouleversant. La vie très privée de Monsieur Sim, malgré son superbe casting inexplicablement laissé de côté, doit ainsi à Jean-Pierre Bacri ses plus belles scènes, où l’acteur, dénué d’artifices et de compagnons de jeu peut laisser éclater la pleine mesure de son monstrueux talent, où loin de la comédie et dans un rôle très premier degré, l’acteur touche.

© Delante Cinéma, Karé Productions

Pour l’hommage amoureux : Le Sens de la Fête (2017)


Eric Tolédano et Olivier Nakache transfigurent Jean-Pierre Bacri en maître de cérémonie d’une comédie relisant la grammaire comique si particulière de leurs auteurs et de tout leur héritage et références. L’acteur, en plus d’un clin d’œil amusant à Cuisines et dépendances dans une scène où Jean-Pierre Bacri retrouve son compagnon de jeu Sam Karmann, se fait chef d’orchestre de toute une nouvelle génération d’acteurs à qui il offre, derrière son rôle de chef d’entreprise, toutes les leçons et ingrédients d’une comédie réussie. Epousant le tempo si particulier du jeu de leur acteur, ce dernier y paraît tout bonnement dépassé et hilarant, y relisant ainsi sa filmographie. En vieux maître accompli, Jean-Pierre Bacri offre ici une belle leçon de comédie dans ce qui paraît encore aujourd’hui l’un des meilleurs films de leurs auteurs, qui au-delà de l’admiration, offrent à l’acteur un hommage enamouré.

© Quad Productions, Ten Films
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