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Pourquoi Caméra Café reste l’un des meilleurs programmes courts de la télévision française
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Ayant largement contribuée au succès des programmes courts après le succès d’Un gars et une fille et ayant précédé ceux de Kaamelott et de Scènes de ménage, on vous déclare ici tout notre amour pour la série M6 chapeautée par Alain Kappauf, Bruno Solo et Yvan le Bolloc’h.

Avant que ne débarquent Scènes de ménage, élue série préférée des Français en 2020 et suivie par près de 4 millions de spectateurs chaque soir, Parents mode d’emploi et autres Nos chers voisins, la case des programmes courts était encore peu convoitée par les chaînes et le succès retentissant d’Un gars et une fille sur France 2 et Les Mots d’Eric et Ramzy, déjà sur M6, allait pourtant changer la donne. Caméra Café est ainsi né de la rencontre des deux comédiens Bruno Solo et Yvan le Bolloc’h en 1990 sur une émission produite par Thierry Ardisson. Le concept naît en 1994, et avec l’aide du producteur Alain Kappauf, à qui l’on doit Kaamelott, Péplum, En famille et Scènes de ménage, le trio proposera ainsi Caméra Café à plusieurs chaînes qui leur claqueront la porte durant 7 longues années. L’acharnement d’Alain Kappauf finira par payer en 2000, et un pilote avec José Garcia (qui avait alors tourné avec Bruno Solo sur La Vérité si je mens) est alors produit, qui ne reprend pas encore l’idée d’un plan fixe des épisodes de la série, au détriment de l’idée originale de Bruno Solo, Yvan le Boloc’h et Alain Kappauf.

Le pilote de la série, dont l’idée d’un plan fixe rendait frileux les producteurs

Un succès retentissant


Mais l’idée finit par emballer M6 qui commandera pas un mais deux épisodes par soirée au trio alors rejoint par un autre producteur, Jean-Yves Robin, également producteur sur Kaamelott et SODA. Face à la masse de travail, Bruno Solo et Yvan le Boloc’h organisent des appels d’offre pour recruter de nouveaux scénaristes. M6 change sa case horaire avant le prime de première partie de soirée et offre ainsi un boulevard à Caméra Café, qui dès son lancement le 21 septembre 2001, attirera des millions de spectateurs près de sa machine à café. Durant un peu plus de quatre années pour un format vendu dans près de 30 pays (dont une version philippine récompensée aux Asian Television Awards dans la catégorie meilleur programme de comédie), Caméra Café rejoint ainsi le succès universel d’Un gars et une fille et de sa mise en scène de la vie quotidienne, ici transposée au milieu professionnel. Un milieu de plus en plus envahissant, qui en plus d’étouffer la vie personnelle des personnages, ne leur offrira que le répit de la machine à café pour tenter de s’évader un peu. Une proposition qui paraît aujourd’hui toujours d’actualité avec l’essor des start-up et la libéralisation du code du travail.

Espace Détente, dernier grand succès de la série

Les limites du succès


Après un prime en 2003 et l’arrêt de la série en 2004, les aventures de Caméra Café se poursuivront sur grand écran dès l’année suivante avec Espace Détente qui attirera en salles près de 2 millions de spectateurs. Une autre série lancée en 2010, Caméra Café 2, la boîte du dessus qui ne rencontrera hélas pas le même succès que sa grande sœur, annulée après une seule et unique saison. La faute à de nouveaux personnages calqués sur les anciens, notamment campés par Arnaud Ducret (qui s’est aujourd’hui refait une santé), ne retrouvant jamais la popularité du casting original. Le Séminaire, nouveau film sorti en 2009, finira ainsi d’éteindre tout espoir avec seulement 400 000 spectateurs dans les salles, et ce malgré un final réellement jouissif qui s’offre comme une continuité fidèle de la série. Depuis, le culte de Caméra Café se montre toujours présent, rassemblant dans des compilations YouTube d’épisodes des millions de spectateurs. Ainsi, si Bruno Solo a officiellement annoncé le retour de la série dans un épisode évènement censé sortir à la fin de l’année, et ainsi offert l’opportunité à Slate de s’interroger sur l’intérêt du retour de la série en 2021, on vous déclare ici notre flamme pour Caméra Café.

Un flop complet

Un concept intemporel


Comme on vous l’a dit plus haut, si Caméra Café a su toucher un large public, c’est qu’il possède un concept universel. Perpétuant le succès d’Un gars et une fille et de son regard axé sur la vie quotidienne, et suivant de près la tornade The Office et l’univers des Message à Caractère Informatif de Nicolas & Bruno moquant la morosité professionnelle, la série de Bruno Solo, Yvan le Boloc’h et Alain Kappauf reste de plus intemporelle. De par son observation d’une vie professionnelle débordante et d’un code du travail déjà malléable à merci bien avant la fameuse libéralisation opérée sous le gouvernement d’Emmanuel Macron, les employés y paraissent coupés de vies personnelles, la mise en scène en un plan fixe de la machine à café incarnant un maigre moment de répit, malgré l’enfermement laissé intact au personnel. En plus d’être un endroit idéal où révéler la véritable personnalité de ses personnages, la machine à café incarne ainsi le véritable œilleton d’une galerie d’employés qui se délaissent de leurs stéréotypes pour enfin paraître sous leurs vrais jours.

Un trio de personnages féminins pas aussi stéréotypé qu’il n’en a l’air

Si l’on pourrait ainsi reprocher aujourd’hui à la série sa caractérisation vulgaire de personnages, notamment celle des rôles féminins vus par le prisme de Jean-Claude, séducteur sexiste, et le personnage de Philippe, homosexuel fantasmé directement hérité de La Cage aux Folles plutôt moqué que normalisé, tout cela contribue au regard dans lequel l’entreprise voudra bien les enfermer. Parce que la machine à café, elle, les regarde sans détours, et leur permet même d’enfin se déshabiller de leurs costumes professionnels étouffants et étriqués. Il est ainsi aisé de voir bien au-delà des personnages de Nancy, Carole et de Jeanne, et de leur formidable actrices, un large éventail d’une présence féminine encore en proie au pouvoir masculin qui en plus de se plier aux règles de ce monde carnassier se voient confrontés aux limites de leurs incarnations. Ainsi, Nancy, la cadre sexy se servant de ses atouts pour gravir les échelons, ne pourra se libérer de son personnage que dans la solitude, la même que celle de Carole, cadre à qui l’on reproche son âge et sa concurrence de jeunes premières, elle en proie à cette même infinie solitude. Jeanne incarne ainsi la mère que l’on bannit des recrutements, de peur des congés maternités, et qui se sait malléable à merci pour tenter d’espérer de réussir professionnellement, et de vivre dignement.

Un humour noir et féroce


Si aucun des comportements des personnages ne paraît défendable, c’est parce que leur veulerie sert dans Caméra Café de ressort comique principal. Les deux personnages principaux, le responsable des achats syndicaliste Hervé Dumont et le VRP Jean-Claude Convenant passera ainsi le plus clair de son temps à exploiter plus petits qu’eux, n’ayant aucun scrupule à escroquer l’entreprise qui les emploie. Les magouilles et mensonges des plus petits ne paraissent cependant qu’une pâle copie de ceux opérés par les dirigeants jouant sans vergogne avec le destin de tous leurs employés. Si la petitesse des personnages et leur bêtise crasse fait ainsi autant rire, c’est que ces derniers évoluent dans un environnement qui ne leur offre que l’esbrouffe pour tenter de s’en sortir. Les personnages sont ainsi tous confrontés à des vies aussi étouffantes que leur cadre professionnel, évoluant dans des histoires sentimentales désastreuses mollement rythmées par l’ennui d’une commune rurale où les échappatoires se font maigres.

Quand on annonce une restructuration du personnel

Si les personnages de Caméra Café sont ainsi aussi attachants malgré leur veulerie, c’est ainsi dû à leur petitesse qui confère à leurs esbrouffes des tentatives maigres et désespérées d’ailleurs. L’absence totale de vie du duo Sylvain et Maeva, employés dévoués n’ayant que le travail comme lien social et raison d’exister en est ainsi l’illustration la plus prononcée. Tous deux incarnent ici ce que l’entreprise tente de modeler sur des individus passés dans l’engrenage du monde carnassier de l’entreprise qui dévore peu à peu les personnalités pour n’en délivrer que de solides soldats dévoués à la solde de l’entreprise.

French Pop-Culture


Si les répliques de nombre de personnages de Kaamelott sont devenues cultes, alimentant la machine à memes très créative de l’énorme communauté de fans de la série d’Alexandre Astier, Caméra Café n’est pas en reste avec son propre Neurchi de Caméra Café comptant près de 9000 membres. Justifiant à eux-seuls l’impact populaire et intemporel de la série, nombreuses sont ainsi les scènes où les répliques trouvant toujours un écho particulier avec l’actualité. On ne s’étonnera ainsi pas de la comparaison entre la scène finale de la série et celle du fameux voleur de pupitre du Capitole ainsi qu’une scène sur la contamination d’un virus où les deux personnages principaux se servaient de papier toilette pour s’en faire des masques. A l’instar de Kaamelott, le seul coffret comprenant l’intégral de Caméra Café n’a cependant pas eu le bénéfice d’une réédition en Blu-ray, et le posséder fait aujourd’hui figure de culte. Le coffret DVD, sous forme de machine à café avec le fameux gobelet, se trouve sur Internet à pas moins de 300€.

© memes de Ferdinand de Fournoux et Maxime Joly pour Neurchi de Caméra Café

Parce que Caméra Café a engendré dans son succès multiples produits, tels une série de BD et même un jeu-vidéo, Jean-Claude Convenant, interprété par Yvan le Boloc’h possède, outre de nombreuses expressions devenues cultes, un amour irraisonné pour les voitures, dont sa précieuse Xantia dotée d’un mythique “pare buffle homologué par l’armée de terre” et ses fameux “cardans sur la Xantia. Ça c’est vraiment le jambon d’Achille”. Un bolide, qui comme celui de Taxi, peut se vanter d’une course avec le TGV. Le collectionneur et Youtubeur Movie Cars Central a d’ailleurs pu l’acquérir aux enchères pour la modique somme de 3300 €. On peut retrouver cet engouement chez un autre YouTubeur, Capsul Pop, fort de ses près de 34 000 abonnés qui a ainsi pu rendre hommage à la série en lui redonnant le culte qu’elle mérite grâce à une vidéo très complète sur la genèse de la série en compagnie d’Yvan le Boloc’h, ainsi que sur l’échec du Séminaire et de sa filiation direct avec le film culte de Denys Granier-Deferre Que les gros salaires lèvent le doigt ! et La ferme des animaux de George Orwell. La seconde jeunesse de Caméra Café réside également sur YouTube où les multiples compilations d’épisodes de la série, même supprimées pour non-respect des droits d’auteurs, rejaillissent à des centaines de milliers de vues, regardées en boucle et connues par cœur par des cohortes de fans.

Pourquoi Caméra Café a-t-il toujours sa place en 2021 ?


Le monde du travail a évolué de la plus carnassière des manières. Les entreprises familiales ont laissé place à des start-up, véritable fer de lance de l’actuel Président de la République, qui sous couvert d’une jeunesse et d’un dynamisme ont peu à peu éclatés les barrières entre vies personnelles et professionnelles. Les nouveaux espaces de travail de ces jeunes entreprises innovantes sont en effet pensés pour passer le plus de temps possible au bureau, avec un éventail de propositions censés divertir pour brouiller un peu plus les frontières entre espace de travail et espace personnel. Si le télétravail aurait ainsi pu changer la donne, il s’avère cependant très peu suivi de par un besoin de contrôle managérial des entreprises, qui grâce aux open-space, peuvent ainsi s’assurer de la dynamique d’un groupe d’employés. Beaucoup de ces derniers, en proie à la solitude, préfèreront également rejoindre l’espace de travail. Des problématiques qui pourraient pleinement nourrir un Caméra Café version 2021.

L’omniprésence de l’informatique, la disparition du poste de VRP pour le démarchage téléphonique, l’égalité salariale entre hommes et femmes, le burn-out professionnel et le vocabulaire anglicisant de la start-up seront ainsi autant de pistes à explorer pour réinscrire Caméra Café comme un pur produit de notre époque contemporaine et ainsi étendre sa critique acerbe d’un monde du travail qui a n’a eu de cesse de grignoter celui de la vie personnelle. Toujours connectée à l’actualité de son époque, la machine à café pourrait également incarner le reflet des réseaux sociaux et des avis tranchés de chacun au sujet d’une actualité riche en surprises, et ainsi engendrer le même flot de débats endiablés riches en dialogues parfois surréalistes.

Ainsi, et comme le retour annoncé de Kaamelott au cinéma normalement prévu pour cette année, Caméra Café pourra prouver une fois de plus sa place intemporelle dans la culture populaire de nombre de français. Si à l’instar d’Alexandre Astier, Caméra Café n’a pas su créer d’univers propre et de mythologie riche à exploiter, c’est dans son concept que réside ainsi son universalité. D’un travail qui nous a rendu esclave, et dont on préfère rigoler.

Toutes les saisons de Caméra Café sont disponibles sur SALTO. Espace Détente et Le Séminaire sont tous deux disponibles en DVD.

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