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[L’ÉDITO] Ma drôle de relation avec Star Wars : L’Ascension de Skywalker
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Star Wars: L’Ascension de Skywalker fait partie de ces films qui ont étés tellement décortiqués et analysés qu’on a choisi un axe tout personnel pour enfin vous en causer.

Comment un film que vous savez pertinemment mauvais, clôturant de plus piteusement l’une des plus grandes sagas que le cinéma ait pu nous offrir, peut tout de même continuer à exercer un certain pouvoir de fascination ? C’est le cas tout particulier que provoque chez moi Star Wars: L’Ascension de Skywalker, que je m’évertuerais à vous décortiquer dans cet article, au travers mon histoire avec le film de J.J. Abrams et la postlogie toute entière. Comme ce neuvième opus, la postlogie ainsi que Star Wars tout court ont étés décortiqués par bien meilleurs que nous et en beaucoup mieux ailleurs, on fait donc ici le choix de revenir sur un point de vue et un ressenti tout personnels. Attention donc, cet édito n’a rien de définitif, et reflète simplement le point de vue de son auteur, que l’on vous dévoile en plusieurs chapitres.

Épisode I : Le Réveil de la Force, un nouvieil espoir


Ah ! La postlogie. Un océan des possibles annoncé au cinéma après le rachat de Disney dès Le Réveil de la Force, et après l’excitation procurée par la première bande-annonce, véritable shoot de nostalgie proprement exécutée, celle vécue bien installé dans mon fauteuil rouge de cinéma. Et à la découverte du film de J.J. Abrams, tout d’abord un sentiment d’émerveillement : celui d’être véritablement tombé amoureux de cette nouvelle héroïne, campée par la jusqu’alors inconnue Daisy Ridley, véritable révélation et de ce mélange quasi-parfait entre hommage enamouré et un véritable nouveau souffle procuré par l’exploration sous le casque de l’âme torturée des stormtroopers portée par John Boyega. Avant le coup de grâce final, et l’apparition du héros d’enfance Luke Skywalker, laissé des années auparavant sur une vieille VHS du Retour du Jedi regardée des dizaines de fois sans jamais atteindre l’overdose

Amour sur Daisy Ridley

Une véritable plongée nostalgique maîtrisée, qui alors sans permis et sous le coup d’un nouveau travail plutôt envahissant ne m’avait alors pas permis de revivre une seconde fois l’expérience au cinéma. Et à l’achat du blu-ray, au second visionnage tant attendu après l’excitation qui s’est estompée, l’impression d’un fade retour à la réalité et d’un fan-service dénué d’inventivité qui se révèle. Il suffit ainsi de voir avec quelle aisance Finn, interprété par John Boyega, passe de son costume de trooper à celui d’une veste de Résistant pour ensuite se battre avec un sabre laser, où celui de la jeune Rey, jolie page vide interprétée par la révélation Daisy Ridley, s’imaginant pilote pour la Rébellion dans les plaines isolées de Jakku pour que se révèle alors cette nostalgie enfantine et opulente semblant être le principal moteur de ce septième épisode.

South Park le résume en un de ses brillants épisodes, le premier de sa vingtième saison intitulé Memberberries, synthèse s’il y en avait une de tout ce qu’est Le Réveil de la Force : une sorte de nostalgie qui, derrière ses attraits sympathiques, annonçait alors un symptôme de mauvais augure pour le reste de la trilogie mais s’avérait descriptif d’une époque. Une époque de nostalgie à tout prix qu’allait ensuite envoyer joyeusement valser un certain Rian Johnson.

Une synthèse de l’épisode VII brillamment résumée en un épisode de South Park

Épisode II : The Last Jedi, les derniers vestiges


La séance se déroule alors dans une petite salle, et mon attente s’avère toujours aussi grande. Parce que si Le Réveil de la Force s’était après l’émerveillement avéré être une jolie page vide, cette dernière s’avérait être (au moins) le parfait point de départ pour enclencher quelque chose de véritablement nouveau. Et cette découverte de The Last Jedi s’est déroulée non sans douleur. Pire, le sentiment après la fin du film fut à l’exact opposé de celui ressenti après Le Réveil de la Force : je m’étais senti laissé de côté, ennuyé et même retrouvé éberlué par la bêtise et l’inutilité de certains choix. The Last Jedi était certes beau, mais complètement vide de sens.

À mon grand soulagement, l’un de mes meilleurs amis grand fan de Stargate et de La Menace Fantôme ayant adoré Le Réveil de la Force malgré les multiples revisionnages (et il l’a vu beaucoup, beaucoup de fois), rejoint mon avis. Nous rions alors goulûment des détournements de la Princesse Leïa Organa flottant dans l’espace, notamment celui sur le désormais culte Shooting Stars de Bag Raiders que l’on vous laisse le plaisir de voir où de revoir ci-dessous.

Des barres de rire en perspective

Pourtant, nombre de défenseurs de The Last Jedi commencent à poindre chez moults chaînes dédiée au cinéma que je chérit véritablement sur YouTube. Le doute m’envahit alors, et après un second visionnage qui ne m’a guère plus convaincu, je décide de prendre en considération tous ces avis positifs afin de creuser ma culture de l’univers initié par George Lucas. Après avoir revisionné l’ensemble de la saga, en portant un intérêt tout particulier au récent Rogue One : A Star Story, conchiant au passage le non-évènement Solo : A Star Wars Story, je me plonge alors dans nombre de comics et de livres m’apportant un éclairage nouveau et plus approfondi sur Star Wars. La découverte des superbes séries consacrées à Dark Vador, portées par le talent de Charles Soule, Kieron Gillen et Salvador Larocca annoncent alors un premier confinement plutôt enrichissant.

L’arnaque rebelle superbe comics issu de la série Légendes de Marco Castiello et Matt Kindt où le rôle du narrateur externe nous dépeint avec ingéniosité l’amitié, la fougue et le charisme qu’incarnent chacun des personnages de la trilogie originale. Je découvre également le magnifique travail de Genndy Tartakosvy sur Star Wars : Clone Wars, dont les deux longs-métrages dépassent pour moi nombre de films de la prélogie, avant la première saison de The Mandalorian. Et une évidence se fait alors : non, The Last Jedi n’est pas un mauvais film. Le film de Rian Johnson n’est pas non plus un mauvais Star Wars. Pire, il en est l’un des meilleurs.

Kylo Ren consacré en meilleur personnage de cette postlogie

Dans un but d’honnêteté, j’aurais alors dû conserver ma première critique à chaud de The Last Jedi avant de purement et simplement l’effacer pour enfin y porter une analyse aboutie. Parce que ce huitième épisode incarne celui du dégagisme. Brûlant les idoles ou les désacralisant, Rian Johnson recentre son histoire sur une vision de l’héroïsme beaucoup plus universelle que celle d’une seule famille. En prenant des choix surprenants, comme celui de faire Rey une anonyme, où bien en donnant plus d’espace aux rebelles sacrifiés, le metteur en scène ouvre Star Wars (et la Force) avec une certaine fraîcheur, un humour réussi et une mise en scène hyper travaillée.

Cette volonté de neuf s’avère utile, et The Last Jedi ne le fait jamais gratuitement. La nostalgie au placard, et le destin de la saga maintenant ouvert à la fraîcheur, à la jeunesse, délesté de son poids de mythe, tout cela laissait une fenêtre ouverte sur de meilleurs lendemains. Malheureusement, lorsque les gardiens du temple veulent garder celui-ci intact, il n’y a d’autres choix que de les écouter. Et en lieu et place de cette destruction d’idoles, le besoin de les réveiller toutes une par une. Et si la vocation était celle d’un nouvel avenir, elle s’orientera désormais vers une nostalgie morbide dénuée de sens et de parti-pris artistique. Star Wars était mort, pour mieux le réveiller. Réveiller les morts était la meilleure solution pour l’enterrer.

Épisode III : L’ascension de Skywalker, la Menace des Fantômes


Si l’excitation pour cet épisode IX, censé conclure toute la Saga Skywalker, s’était pour moi perdue en cours de route, les premières bandes-annonces ne m’auront pas fait dévier de ma trajectoire. Colin Trevorrow, réalisateur du vide Jurassic World est remercié, Rian Johnson promis à une trilogie indépendante (toujours d’actualité), et J.J. Abrams appelé au dernier moment à la rescousse. L’Empereur Palpatine et Luke Skywalker aussi, ainsi qu’une farandole d’autres icônes décédées, et sans avoir pu clairement être encore au courant de la panade provoquée par The Last Jedi, les producteurs opèrent alors un flippant retour en arrière en poussant jusqu’à son paroxysme la nostalgie du Réveil de la Force.

L’Ascension de Skywalker rassurant les fans horrifiés par The Last Jedi et le vilain Rian Johnson

Je m’empresse cependant d’acheter deux places pour moi et mon copain fan de Stargate, lui toujours aussi déçu par The Last Jedi pour la première séance de la soirée. Les premiers retours sont, à l’instar des américains, mauvais, mais mon excitation, elle, augmente. Le cinéma n’a pas fait les choses à moitié : la salle est bondée et la magie des fans, elle, opère toujours. Des légions de stormtrooper débarquent, accompagnées de Dark Vador et l’euphorie du public offre à cette séance la magie dont le film que nous allons découvrir semble manquer. Assis à côté d’un amoureux de la saga, niant en bloc l’absence d’intérêt de Solo : A Star Wars Story et la magie que recèle chacune des propositions cinématographique de Star Wars, son enthousiasme n’aura cependant pas raison de ma complète déception.

Je ne peux alors m’empêcher d’être interloqué par le manque total de cohérence de cette Ascension de Skywalker et d’entonner des “Quoi ?” “Sérieusement ?” à chaque retournement de situation exécuté à vive allure, tentant vainement de masquer le vide total de l’entreprise. Et d’avoir, à l’instar des deux précédents volets de cette postlogie, un avis direct qui ne s’est toujours pas démonté aujourd’hui : Star Wars : L’Ascension de Skywalker cède à la Menace des Fantômes de la plus morbide des façons. Mené telle une machine infernale, et saupoudré d’une nostalgie morbide, J.J. Abrams réanime les morts, applique tête baissée le cahier des charges de tout fan endeuillé et retire ainsi toute la magie et l’émerveillement que pouvait procurer la saga.

Le cadavre de Star Wars se démenant sous les torrents

Star Wars : L’Ascension de Skywalker n’est ainsi pas qu’un film décevant. Ni un final obèse et fatiguant carburant à la gloire passée. Ce neuvième épisode est un aveu de faiblesse. Celle d’avouer que rien n’était écrit, pensé, préparé d’autre qu’un poids lourd doré rempli de nostalgie facile. Enfermé dans ce si petit monde qu’est son passé cinématographique, ce neuvième épisode regarde dans le rétroviseur et ramasse sur la route tous les fans perdus, effrayés par la nouveauté, la fraîcheur et l’invention. Perdu dans sa galaxie lointaine, Star Wars disparaît ainsi dans l’indifférence. Où sont les frissons ? Les larmes d’émotions ? L’amour ? Malheureusement, tout ça ne se réveille pas, il faut les susciter. Pour les susciter, il faut créer. Et quand on ne le fait pas, on se contente bêtement de réveiller les fantômes.

Chapitre final : Star Wars, la fascination de Skywalker


Pourtant, si mon avis se fait définitif, Star Wars : L’Ascension de Skywalker recèle chez moi un certain pouvoir de fascination qui m’échappe totalement. Comme la déception laissée par The Last Jedi que j’ai tentée de combler et d’approfondir, ce neuvième épisode s’avère même être l’un de ceux que j’ai le plus visionné jusqu’à aujourd’hui, n’hésitant pas à y retourner trois fois au cinéma, et précommandant le superbe steelbook dès l’annonce de sa date de sortie. J’essaye alors de comprendre cette fascination en acquérant le comics Star Wars : Allégeance de Luke Ross et Ethan Sacks, censé préparer le terrain et faire la jonction entre le film de Rian Johnson, celui de J.J. Abrams et ainsi m’apporter de nouvelles réponses. Et malheureusement, la même impression de vide et de remplissage, qui à part convoquer la famille de l’Amiral Akhbar, ne raconte rien. Même impression laissée par le roman tiré du film de Rae Carson, qui malgré le fait que ce dernier tente d’apporter un nouvel éclairage sur Snoke et certaines scènes, ne rachète en aucun cas les choix plus qu’hasardeux de ce neuvième opus.

La jeunesse em***** l’Empereur

Je m’évertue alors à me réfugier dans la direction artistique du film de J.J. Abrams qui est à couper le souffle. De son affiche que je trouve superbe (qui demeure jusqu’à aujourd’hui mon fond d’écran) , aux décors dès sa prometteuse introduction sur Mustafar, tout dans cet épisode dénué de scénario se révèle dépaysant et les ambiances réussies, même si tout cela n’arrive malheureusement pas à palier le manque d’imagination des scénaristes. Et je finis, alors aujourd’hui par en tirer un constat, qui me condamne aujourd’hui à vouloir replonger encore et encore dans Star Wars : L’Ascension de Skywalker : le film de J.J. Abrams me paraît ainsi être le portrait d’une époque de blockbusters actuels qui ne masque plus sa nostalgie, la poussant ici jusque dans ses extrémités les plus morbides. De Stranger Things au revival 80’s qui est devenu une norme depuis maintenant une dizaine d’années, les gros studios n’ont de cesse de transfigurer cette époque pour la muer en un refuge doudou, anciennement réservé à une niche de fans mais aujourd’hui devenu un véritable argument commercial.

Si aujourd’hui faire du neuf avec du vieux est devenu légion, comme semble l’annoncer le déluge de fan-service transfiguré sur Disney+ par des dizaines de séries sur des personnages chéris par les fans, le fan-service laisse dans The Mandalorian une patine cool, et fait figure de véritable réconciliation entre les producteurs et les hordes de fans enragés après la réception plutôt houleuse de cette fameuse postlogie. Le cadavre de Palpatine à peine réveillé finit alors d’incarner à merveille ce passé devenu monstrueux à force d’être sans cesse réanimé, silhouette fantomatique et repoussante qui s’accroche fièrement à son siège d’Empereur en laissant de côté la jeunesse, la fougue et l’imagination. Parce Star Wars : L’Ascension de Skywalker incarne un pendant pendant sombre, et le véritable côté obscur du fan-service poussé à son paroxysme. Dévoilant au grand jour le vide de ce concept, ce neuvième opus l’illustre de la plus crue des manières en réveillant les morts à tour de bras dans un déluge impressionnant de vide qui fait parfois froid dans le dos.

Que reste t-il de notre enfance, qu’un cadavre qui ressasse les mêmes choses depuis 40 ans ?

L’ampleur d’un épisode de Star Wars annoncé dès son générique par le score somptueux de John Williams, dont l’aura dépasse même certaines images, confère ainsi au cadavre de L’Empereur Palpatine et aux multiples fantômes de Jedis à peine réveillés l’illustration la plus crue d’un passé devenu monstrueux à force d’être sans cesse réanimé. Le fan-service est ici presque transfiguré en mythe de Prométhée, comme l’avait convoqué Mary Shelley dans son Frankenstein, et ce retour tombé comme un cheveu sur la soupe s’avère aujourd’hui évocateur d’une franchise remâchée et digérée sans la moindre imagination, mélangée dans une séduisante tambouille censée faire avaler un odieux fan-service à des millions de spectateurs à travers le monde. C’est peut-être pour ça, que Star Wars : L’Ascension de Skywalker me fascine tant. Parce qu’il confronte enfin le fan-service à sa propre monstruosité, qui à force de sans cesse réanimer le passé, engendre des monstres aussi fascinants qu’effrayants.

Star Wars : L’Ascension de Skywalker est disponible en VOD, Blu-ray, DVD, coffret Saga Skywalker et steelbook collector.

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