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Oxygène : Souffle coupé
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Enfermée. Amnésique. 90 min pour vivre.

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Alexandre Aja revient en France avec Oxygène, disponible sur Netflix, pour un portrait de femme confrontée à un confinement extrême dans une malle de cryogénisation. Malgré son indéniable efficacité, Oxygène demeure un exercice prenant qui atteint pourtant ses limites.

Alexandre Aja est l’un des rares cinéastes de genre français a avoir réussi son passage outre-Atlantique avec l’excellent remake du classique de Tobe Hooper La Colline à des Yeux, sa jouissive relecture d’un must d’un autre grand, Joe Dante avec Piranha 3D. Passé par le blockbuster avec Horns et l’essai plus intimiste et plus confidentiel avec La 9ème vie de Louis Drax, Alexandre Aja semble depuis Crawl revenir à un cinéma plus minéral tourné vers l’économie de moyens pour des survivals efficaces tournant cependant rapidement en rond. Une unité de décors, un ennemi commun, et un personnage féminin fort, remettant ainsi au centre l’excellente maîtrise technique du réalisateur servant donc de fil conducteur à Crawl et donc à cet Oxygène.

Epidémie-mesure


Parce qu’alors que les multiples confinements semblent atteindre leurs fins de vies respectives pour un (relatif) retour à la normale, Netflix dégaine deux films de confinés avec La Femme à la fenêtre où Amy Adams passe son temps cloîtrée dans son grand appartement, et cet Oxygène où Mélanie Laurent semble avoir pris trop radicalement les règles imposées par le Gouvernement. Oxygène tombe ainsi à point nommé, pour nous parler d’espaces de vies limités sur fond de recherches scientifiques et d’un certain climat de peur, aussi anxiogène que parfaitement dans l’air du temps, permettant ainsi au film d’Alexandre Aja de pleinement de muer sa SF pour l’inscrire dans un climat fortement empreint de réel.

Et c’est lorsqu’il nous parle d’enfermement, de trouble et de quête de soi-même que le film d’Alexandre Aja réussit à pleinement nous couper le souffle. Rythmé par la voix glaciale de Mathieu Amalric, Mélanie Laurent s’empare ainsi parfaitement du rôle d’une femme forte en quête d’identité. La mise en scène d’Alexandre Aja est ainsi à son meilleur, et ainsi non sans rappeler celle d’Oblivion de Joseph Kosinski, où même d’Alex Garland dans Ex Machina dans sa restitution d’une SF naturaliste, où les machines et technologies de pointe épousent à merveille un décor naturel, seul point d’accroche au réel de personnages étouffés par des créations qui échappent de leurs contrôles respectifs.

Souffle coupé net


Cependant, c’est lorsque le scénario de Christie LeBlanc commence à voir plus gros que son ventre et nous mener sur des contrées bien trop ambitieuses pour son propre bien qu’Oxygène s’éloigne peu à peu de son concept dans l’air du temps pour s’embarquer sur des terrains de SF bien trop ambitieux et fragiles. Le film d’Alexandre Aja rompt alors avec une certaine proximité pour soudain décoller dans sa dernière partie pour nous échapper complètement. De cette expérimentation ambitieuse et tenue, d’où nous nous sentions si proches et nous ressentions l’étouffement palpable de son héroïne, Oxygène se mue alors en arche de Noé chancelante qui en laissera plus d’un sur sa faim.

Si Alexandre Aja assure à la mise en scène jusque dans les dernières minutes d’Oxygène, en faisant un objet au visuel parfaitement maîtrisé, le scénario quand à lui s’éloigne complètement de son but initial en nous livrant de multiples rebondissements rompant net avec ce véritable souffle anxiogène que le film avait alors brillamment su établir. La boîte se remplit alors de véritables courants d’air pour nous mener vers un final grossier, que même la beauté visuelle intacte de l’ensemble n’arrive alors à sublimer. L’on se trouve alors à assister, comme pour Crawl, à l’expérimentation ambitieuse et aboutie d’un cinéaste qui n’en finit plus de nous démontrer son talent, ici transfiguré en jolie bulle d’air vide par un scénario trahissant une formidable technique. Et nous laisser un peu trop d’air, pour un film qui maniait pourtant le manque d’oxygène avec une si belle énergie.

Oxygène est disponible sur Netflix depuis le 12 mai 2021.

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Détails :

Date de sortie
12 mai 2021
Genres
Science Fiction, Thriller
Résumé
Une jeune femme se réveille, seule, dans une capsule cryogénique. Elle ne sait plus qui elle est, ni comment elle a pu finir enfermée dans un coffre de la taille d'un cercueil. Tandis qu'elle commence à manquer d'oxygène, elle va devoir recomposer les éléments de sa mémoire afin de sortir de ce cauchemar.
Durée
1 h 40 min
Production
Wild Bunch, Getaway Films, Echo Lake Entertainment
Acteurs
Mélanie Laurent, Mathieu Amalric, Malik Zidi, Laura Boujenah, Éric Herson-Macarel, Anie Balestra, Marc Saez, Cathy Cerda, Lyah Valade, Marie Hélène Lemiale, Pascal Germain

Critique écrite par : Kantain

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