Critique

Light of my life : Maison Mère
0 (0)

La quête d'un père et sa fille au cœur d'un monde sans pitié

  • Media
  • Statut
  • Notre note
Cliquez pour voter !
[Total: 0 Moyenne: 0]

Pour Casey Affleck, la réalisation a quelque chose de très personnel, et après avoir mis en scène la fausse retraite de son pote Joaquin Phoenix, l’acteur-réalisateur revient en filigrane sur son silence sur le mouvement #MeToo au détour de Light of my Life, film post-apocalyptique résolument intimiste.

Casey Affleck, après avoir été accusé d’harcèlement sexuel, est resté très silencieux durant le mouvement #MeToo. Un silence de bonne augure que l’acteur-réalisateur a sûrement préféré transfigurer en long-métrage avec Light of my Life qui poursuit la veine intimiste entamée par I’m Still Here qui mettait en scène sous forme de mockumentaire la fausse retraite de Joaquin Phoenix. Et ce n’est ainsi pas un hasard de voir au générique, même lors de très brèves apparitions pourtant fondamentales, le nom d’Elisabeth Moss, figure de proue d’un cinéma féministe excellant dans les personnages de femmes bafouées reprenant peu à peu le pouvoir, à la tête de la série The Handmaid’s Tale et de The Invisible Man cette année. Parce que si Light of my Life paraît ainsi être une réponse intime et sincère au mouvement #MeToo, Casey Affleck y prend en ici une posture d’élégante allégeance sur ses erreurs passées au détour d’une déclaration d’amour au féminin.

“T’es sûr que c’est une bonne idée de sortir en plein confinement ?”

Patriarcapocalypse


Parce que Light of my Life est à des années lumières des Fils de l’Homme évoqué sur son affiche, le film de Casey Affleck mettant dès ses premières minutes à nu ses personnages dans un long dialogue filmé au plus près des visages où la magie d’acteur et de conteur de Casey Affleck est ici confrontée aux limites d’un monde qui n’a plus la place pour de belles histoires mettant en avant l’homme comme sauveur de l’humanité. Le personnage de père protecteur campé par Casey Affleck n’a ainsi pas les épaules pour faire face à la si lourde tâche qui lui incombe de protéger et d’élever sa fille qui paraît être l’une des dernières de son espèce après une épidémie ayant éliminé toutes les femmes, Light of my Life lorgnant ainsi plus vers la vision de Steven Spielberg dans La Guerre des Mondes et de son personnage de père américain confronté aux limites de son héroïsme.

Sauf qu’ici, nul besoin d’effets de style, d’effets spéciaux et de techniques mouvements de caméra empruntés sur la même voie du film post-apocalyptique par d’impressionnants aînés tels qu’Alfonso Cuarón, Steven Spielberg où encore John Hillcoat, évitant ainsi à Light of my Life d’écrasantes et inutiles comparaisons tant le film de Casey Affleck emprunte la voie de la modestie. Les monstres évoqués dans le film sont ici les hommes, dénués de repères et de raison sans présence féminine obligeant ainsi le personnage principal à se raccrocher à la force de sa femme disparue dans d’émouvants flashbacks, forte malgré la maladie et d’une douleur encore plus immense de ne jamais voir grandir l’enfant qu’elle a mis au monde. Parce que ce que Light of my Life nous raconte, c’est bel et bien l’aveu de faiblesse d’un homme écrasé par une tâche trop grande pour lui, et un portrait bien peu reluisant d’un patriarcat à bout de souffle.

“Et en fait tu vois, ton oncle c’est Batman”

Light of my Life réussit ainsi avec peu d’artifices à nous dépeindre une relation père-fille sincère où le rôle de sauveur est bien trop grand pour un homme qui ne peut résumer sa mission qu’en de répétitives tâches afin de précipiter l’évasion d’une tâche qu’il n’a malheureusement pas les épaules de porter. Mettant volontiers de côté toute scène d’affrontement et refusant la grandiloquence, les sentences religieuses comme refuge et misant sur ses deux formidables interprètes pour pleinement nous emporter, le second long-métrage de Casey Affleck croque ainsi avec sensibilité une quête de pardon et d’allégeance à une cause qui le dépasse et dont l’acteur-réalisateur se fait un vibrant défenseur dans un émouvant élan de modestie ayant choisi le terrain tout en sobriété du film post-apocalyptique pour épouser pleinement cette quête de rédemption.

Light of my life réussit ainsi modestement à n’être que le touchant aveu de modestie d’un acteur-réalisateur conscient de ses limites et de celles d’un patriarcat toxique pour croquer, derrière la voie d’un film post-apocalyptique, l’échec du héros américain contemporain. Rejoignant la vision de La Guerre des Mondes de Steven Spielberg avec la modestie et le féminisme comme seules figures de proue et où les terrifiants envahisseurs sont ici transfigurés en d’hommes perdus sans présence féminine, Light of my life réussit ainsi à toucher pleinement sa cible.

Light of my life est sorti le 12 août 2020.

Cliquez pour voter !
[Total: 0 Moyenne: 0]

Détails :

Date de sortie
9 août 2019
Genres
Drame, Science Fiction
Résumé
Une terrible pandémie a anéanti la moitié de l'humanité. Plus précisément, beaucoup de femmes ont perdu la vie dans cette tragédie, tandis que d'autres se retrouvent confrontés à une nouvelle réalité. C'est le cas de ce père qui est maintenant le seul à pouvoir protéger sa fille des dangers extérieurs. Dans cette aventure à hauteur d'homme, ce duo se retrouvera pris au piège dans les bois. Père et fille vont-ils survivre et comment cela va-t-il renforcer leur lien ?
Durée
1 h 59 min
Production
Black Bear Pictures, Sea Change Media
Acteurs
Casey Affleck, Anna Pniowsky, Elisabeth Moss, Tom Bower, Timothy Webber, Hrothgar Mathews, Monk Serrell Freed, Jesse James Pierce, Tommy Clarke, Lloyd Cunningham

Critique écrite par : Kantain

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire