Critique

Drunk : Belle (dé)cuvée
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Drunk marque les retrouvailles entre le duo gagnant du bouleversant La Chasse, le réalisateur danois Thomas Vinterberg et son acteur Mads Mikkelsen pour une exploration éthylique de la crise de la cinquantaine aussi touchante que limitée.

On n’avait plus trop entendu parler de Thomas Vinterberg depuis son bouleversant La Chasse qui avait valu en 2012 à Mads Mikkelsen un prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Ayant pourtant enchaîné avec une sage adaptation du roman de Thomas Hardy avec Loin de la foule déchaînée, un film qui revenait sur un cercle familial dysfonctionnel avec le salué mais malheureusement passé inaperçu La Communauté et Kursk, film de commande produit par EuropaCorp dont l’acteur Mathias Schoenaerts aurait directement sollicité Thomas Vinterberg pour le poste de réalisateur, ce dernier revient enfin sous le feu des projecteurs de la sélection cannoise cette année avec Drunk. Des thèmes communs à la filmographie du cinéaste avec l’amitié fraternelle de quatre amis professeurs mise à l’épreuve par un morne quotidien et une cellule familiale étouffante, dont l’expérimentation d’une théorie sur le manque d’alcool permanent chez l’être humain engendrera une reprise en main de leurs vies respectives, avant une inévitable (et ronflante) gueule de bois.

Ce grand moment de silence au moment de payer l’addition

Mauvais dosage


Parce que l’on retrouve dans Drunk tout le meilleur du cinéma de Thomas Vinterberg qui revient enfin sur ses terres danoises avec l’acteur qui lui a valu sa seconde réelle reconnaissance après Festen. L’observation de ce cercle d’amis et de cette amitié fraternelle convoque ainsi le meilleur de Kursk, précédent métrage bien trop lisse du réalisateur danois qui prend ici un plaisir évident à s’entourer d’une troupe d’excellents acteurs portée par un Mads Mikkelsen, parfait comme à son habitude. De la présentation de ses protagonistes à l’expérimentation qu’ils suivront, tout dans la première partie de Drunk se trouve doté d’un savant dosage alliant le réel engouement communicatif du cinéaste et de sa troupe qui s’amusent ici à renverser avec brio la bienséance d’une société danoise bien trop guindée. Malheureusement tout cela est de bien trop courte durée, et les effets ne tardent pas à disparaître dans un second acte où le plaisir rencontre l’outrance, ainsi que la ronflante et inévitable conclusion que Thomas Vinterberg s’était pourtant évertué à dépasser, pour que Drunk sombre alors dans des sentiers battus d’un dosage qu’il ne sait plus respecter.

Lorsque le dynamitage du cercle familial et de la société danoise est passé, Drunk s’enlise alors dans les inévitables clichés de son sujet, avec une gueule de bois réservée au spectateur comme à ses formidables protagonistes. Si le film retombera sur ses pieds lors d’une superbe scène finale, il est ainsi dommage de voir le cinéaste sembler s’excuser de sa sympathique irrévérence dans un dernier tiers qui délaisse la formidable énergie qui faisait la force de son film pour se muer en leçon moralisatrice qui ne convient plus à la véritable bouffée d’air frais libertaire qu’incarnait Drunk. Si la beauté du long-métrage s’illustrait par le délestage des codes étouffants d’une société bridée, le film avance alors à reculons comme pour se charger d’habits bien trop sérieux pour son joli projet. Comme si ses protagonistes et le film avaient enfin touchés une part enfantine oubliée, le scénario se charge alors de les remettre dans le droit chemin de la plus pataude des manières.

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Cinquantaine sur vin


Heureusement, Drunk est très loin de la ronflante déception. Illuminé par l’énergie communicative de son formidable casting, chaque acteur offre ainsi à son personnage une prestation toute en sensibilité et sincérité à fleur de peau, qui confère ainsi au film de Thomas Vinterberg son observation si fine d’hommes cinquantenaires enfermés dans leur mornes quotidiens. Ces derniers permettent à Drunk de garder le cap malgré sa perte d’équilibre et sa boiteuse seconde partie, habillant ainsi d’une allure enfantine cette expérimentation ayant des airs de cours de récréation, même enfermée dans des salles de classes et les vies de familles trop bien réglées. Ainsi, si Thomas Vinterberg n’a pas l’allure ni le talent de John Cassavetes, son Drunk paraît être le bol d’air frais idéal d’une année compliquée, même si ses sorties de routes se trouvent être malheureusement atténuées par la sagesse frustrante de son entreprise.

Drunk, s’il n’a malheureusement pas les airs de véritable bouffée d’air frais éthylique promise, s’avère cependant être une agréable sortie de route et un portrait touchant d’une société suédoise guindée portée par de formidables interprètes. Crise de la cinquantaine oblige, la morale n’est malheureusement jamais loin pour un décevant retour à la réalité, qui n’aura heureusement pas raison du véritable plaisir communicatif de cette agréable breuvage qu’est Drunk.

Drunk est sorti le 12 septembre 2020.

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Détails :

Date de sortie
24 septembre 2020
Genres
Drame, Comédie
Résumé
Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.
Durée
1 h 57 min
Production
Zentropa Entertainments, Det Danske Filminstitut, Film i Väst, Nederlands Filmfonds, Netherlands Film Production Incentive, Media Programme of the European Community, Svenska Filminstitutet, Topkapi Films, TV 2, Zentropa International Netherlands, Zentropa International Sweden, Zentropa Productions 2, Eurimages
Acteurs
Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang, Maria Bonnevie, Susse Wold, Helene Reingaard Neumann, Diêm Camille G., Martin Greis-Rosenthal, Albert Rudbeck Lindhardt, Frederik Winther Rasmussen, Morten Thunbo, Dorte Højsted, Michael Asmussen, Cassius Aasav Browning, Christiane Gjellerup Koch, Magnus Sjørup, Silas Cornelius Van, Aksel Vedsegaard, Aya Grann, Gustav Sigurth Jeppesen, Freja Bella Lindahl, Mercedes Claro Schelin, Maria Ovi, Clara Phillipson, Lucas Helt, Oskar Kirk Damsgaard, Niels Jørgensen, Le Münster Swendsen, Christina Hildebrandt, Thomas Guldberg Madsen, Per Otto Bersang Rasmussen, Morten Jørgensen, Basse J. Dam, Max Kaysen Høyrup, Waldemar Beer Hansen, Matti Rochler, Milas Hansen, Carl David Schubert Holm-Nielsen

Critique écrite par : Kantain

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