Critique

À la dérive : Navire au navet
0 (0)

  • Media
  • Statut
  • Notre note
Cliquez pour voter !
[Total: 0 Moyenne: 0]

Guy Ritchie remake un film italien mettant en scène sa compagne de l’époque Madonna pour un flop monumental qui n’aura marqué que par son mauvais goût et son atroces duo d’acteurs.

Après Arnaques, crimes et botanique et Snatch, Guy Ritchie a réussi son coup et en deux films le cinéaste est ainsi parvenu à relire sa recette d’une comédie de gangsters efficace aux effets de mise en scène tapageurs et aux personnages de bras cassés très attachants. Après avoir attiré des comédiens de renom comme Brad Pitt et Benicio Del Toro dans ses filets et révélé au passage Jason Statham, Guy Ritchie offre à Madonna, après un spot publicitaire et un clip censuré, un premier rôle au cinéma et ira même jusqu’à caster Adriano Giannini, fils de l’acteur principal de Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été, film dont ce À la dérive est le remake. Et si le troisième essai du réalisateur britannique marquera son époque, ce sera par son échec monumental, autant public que critique qui n’aura réussi qu’à attirer qu’un peu de moins de 7000 spectateurs dans les salles françaises, se permettant même le luxe de remporter pas moins de 6 Razzie Awards. Marquant la dernière collaboration avec son producteur attitré Matthew Vaughn, A la dérive réalise donc la première jolie contre-performance de Guy Ritchie et marquera une seconde partie de carrière compliquée ainsi que les limites de son style et l’annonce d’une réelle dérive.

Madonna, aussi agréable que le film

Mal de mer


Parce que oui, dès ses premières minutes À la dérive réussit à être aussi insupportable que son actrice principale, qui se plaît à jouer les divas bourgeoises détestables dans un fatigant déluge de vacuité, où la mise en scène surcutée de Guy Ritchie confère à cette croisière un méchant goût de mal de mer. L’opposition entre classes sociales est tellement grossière et surlignée que le tout en devient caricatural, et rien ne semble ici pensé pour passer un agréable moment, même l’apparition discrète d’acteurs confirmés où révélés comme Bruce Greenwood et Elizabeth Banks qui de par leurs maigres présences semblent presque échapper de peu à ce naufrage complet. Parce que la vacuité n’est pas un sujet, Guy Ritchie, à défaut de scénario et d’une galerie de personnages, n’aura donc que ses épuisants effets de style pour tenter de rythmer ce pachydermique voyage où tout ce que l’on peut espérer de mieux c’est que le film se transforme en un remake de Titanic pour mettre rapidement fin au supplice.

Parce que rien ne naît de cette affreuse histoire d’amour, tout ce que pourra offrir Guy Ritchie sera son talent de clippeur, conférant ainsi à l’effroyable numéro d’actrice de sa muse et compagne un ajout de vacuité et de mauvais goût supplémentaire. Suréclairé par la photographie d’Alex Barber, À la dérive offre ainsi son goût de luxueux navet à Madonna, ici sex-symbol froide muée en amoureuse transi qui en fait des caisses en rêvant sûrement d’une prestation à Oscars mise en scène par un compagnon ici à son service. Guy Ritchie ne pourra hélas pas faire grand chose pour donner un peu de chair à une popstar aussi vide que le projet qui la met en avant, rien de ce naufrage n’étant à sauver, même lorsque sa seconde partie se mue en vengeance et jeu de soumission, préférant y mettre en scène une invraisemblable histoire d’amour qui paraît hélas aussi factice que le reste.

“Comment ça c’est pas un Oscar mais un Razzie Award”

Romance bateau


Parce que Guy Ritchie est définitivement un cinéaste de l’amitié virile, peu de place ont étés faites aux romances et même aux femmes dans ses deux précédents longs-métrages. Il est donc plus que légitime de voir le réalisateur à la peine dans sa tentative de donner un peu d’émotions à une histoire d’amour reposant sur des bases aussi fragiles, lui qui était de plus beaucoup plus familier des décors citadins et malfamés et de la grisaille londonienne, troquant ici ses pubs chéris pour des décors paradisiaques. Ainsi, seuls ses fatigants mouvements de caméra illustreront avec peine et lourdeurs des sentiments écrasés par un fossé social. Si l’on ne devait ainsi retenir qu’un scène de cet odieux ratage illustrant ainsi les limites du réalisateur et d’À la dérive, ce serait cette bague jetée dans le vide sous un hélicoptère, usant à outrance de ralentis pour surligner le déchirement des cœurs. Aussi ridicule qu’outrancière, cette scène semble résumer en un seul plan toute l’essence d’un projet construit à la gloire de sa star, qui n’a rien d’autre à offrir qu’un épuisant cabotinage dans un film qui a fait du factice sa raison d’être.

Il ne reste alors d’À la dérive qu’un exemple de luxueux navet pensé pour et par une star dans un projet étendant le factice jusque dans ses épuisantes limites. Les limites d’un projet et d’un réalisateur aussi, qui en dehors de sa zone de confort, contredisant ici ses deux précédents longs-métrages, se trouve confronté à des effets de style et des gimmiks ne semblant plus assez suffisants pour masquer un manque total de fond et semblant déjà annonciateurs d’une seconde partie de carrière plus compliquée.

À la dérive est disponible sur Netflix.

Cliquez pour voter !
[Total: 0 Moyenne: 0]

Détails :

Date de sortie
11 octobre 2002
Genres
Comédie, Romance
Résumé
Amber, une femme fortunée, gâtée par son mari, et quelques amis louent un yacht pour faire une croisière sur la Méditerranée pendant l'été. Parmi l'équipage figure Giuseppe, un marin communiste qui n'apprécie guère les caprices de cette femme riche. Un jour, celle-ci se réveille tard dans l'après midi et demande au marin de l'emmener rejoindre ses amis qui ont fait une escale. Malheureusement, le petit bateau à moteur sur lequel ils avaient embarqué tombe en panne. Après avoir dérivé toute la nuit, ils accostent sur une île déserte. Amber est alors obligée de se plier aux volontés de Giuseppe...
Durée
1 h 29 min
Production
Codi S.p.a., Screen Gems, SKA Films
Acteurs
Madonna, Adriano Giannini, Bruce Greenwood, Elizabeth Banks, Michael Beattie, Jeanne Tripplehorn

Critique écrite par : Kantain

Commentaires Facebook

Laisser un commentaire