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Voir où revoir Citizen Kane, et quelques clés pour mieux apprivoiser Mank sur Netflix
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A l’occasion de la sortie de Mank de David Fincher sur Netflix, qui revient sur la vie du scénariste de Citizen Kane, on revient sur ce chef d’œuvre indémodable, figurant en tête des classements des meilleurs films de tous les temps. Retour sur un monument aussi impressionnant que sensible et du dialogue entre deux œuvres qui se complètent.

Mank est un film cher à David Fincher. Ecrit par le père de ce dernier, Jack Fincher s’est en effet attelé à dépeindre la relation entre Herman J. Mankiewicz et Orson Welles lors de l’écriture de Citizen Kane, pour lequel tous deux furent oscarisés. Cependant, Jack Fincher croise sur sa route le destin de William Randolph Hearst, célèbre homme d’affaire de l’époque inspirant le personnage de Charles Foster Kane, et de la MGM, célèbre studio de cinéma qui était l’un des plus puissants de l’industrie d’alors qui s’étaient alors à l’époque tous deux alliés pour détruire la carrière politique d’un certain Upton Sinclair. Dégoûté par les travers d’une industrie qui manipule les foules pour les agissements de politiciens véreux, Herman J. Mankiewicz, dit “Mank” s’attèle à l’écriture de l’unique scénario pour lequel il sera récompensé, celui de Citizen Kane.

Gary Oldman, l’impérial Herman J. Mankiewicz de David Fincher dans Mank

Monument fragile


Et enrichi de Mank, l’on peut alors assister à un dialogue entre deux œuvres qui interagissent et se répondent. Mieux encore, le film de David Fincher apporte plusieurs clés pour apprivoiser ce monument du cinéma. Parce que Citizen Kane paraît effectivement un film de tous les superlatifs : premier film d’un certain Orson Welles, alors âgé d’à peine 24 ans, Citizen Kane est un film monstre nous narrant la vie de Charles Foster Kane, magnat de la presse. Si à l’époque la société de production RKO laisse alors une liberté totale à son metteur en scène et acteur principal, alors reconnu pour ses pièces radiophoniques, ce sera pour signer une œuvre démesurée, usant alors d’une mise en scène révolutionnaire et de gigantesques décors pour épouser la vie d’un homme tout-puissant dont la richesse ne lui permettront jamais d’acquérir le bonheur.

Citizen Kane devant les classements de meilleurs films de tous les temps

Parce ce que si aujourd’hui le prestige du premier long-métrage d’Orson Welles peut en rebuter certains, il faut dire à quel point ce dernier se trouve accessible et moderne de par son impressionnante maîtrise technique. Usant de plans jamais utilisés tels qu’auparavant, Citizen Kane se réapproprie toute la grammaire cinématographique pour en proposer un gargantuesque puzzle, aussi impressionnant que sensible, paraissant ainsi comme un colosse aux pieds d’argile. Parce que le récit est celui d’une ascension et d’une chute, le film d’Orson Welles choisit de nous narrer cette destinée autour de flashbacks narrés par différents protagonistes épousant ainsi cette quête d’un gigantesque puzzle nous offrant, à partir de mystérieuses dernières paroles, le portrait d’un homme scruté sous toutes les coutures.

Chef d’œuvre visionnaire


Et si le mystère reste entier jusqu’aux bouleversantes dernières secondes de Citizen Kane, l’on assite là à la quête d’un homme que l’argent a asséché, pourri, rongé jusqu’à une inaccessible forteresse de solitude où balader son infinie tristesse. Le faste des décors manie ainsi cette idée d’une écrasante mise en scène pour un destin qui l’est tout autant , rongeant peu à peu l’homme pour n’en recracher qu’un triste spectre délaissé de tous. Et il faut dire à quel point la mise en scène d’Orson Welles se fait riche de sens et d’inventivité, ce n’est d’ailleurs pas un hasard de voir sa vision du dessèchement d’un couple entièrement repompée des années plus tard pour l’oscarisé The Artist de Michel Hazanavicus.

“J’adore ce mec, pas vous ?”

En seulement deux heures, il faut dire à quel point Citizen Kane épate, emporte, impressionne et bouleverse et demeure une œuvre incontournable du cinéma. Et aussi que derrière Charles Foster Kane et la figure de William Randolph Hearst, l’on trouve un écho à notre époque et l’apparition d’un autre personnage bien connu à l’évocation de ces deux personnages : celui de Donald Trump. Si le Président des Etats-Unis cite en effet le chef d’œuvre d’Orson Welles comme son film favori, l’on ne peut s’empêcher d’y voir, derrière cette évocation d’un millionnaire avide de pouvoir ayant fait de la fausse presse un terrain de prédilection pour user de son pouvoir et tenter une carrière politique un reflet peu flatteur du 45ème Président des Etats-Unis.

Parce que William Randolph Hearst se sera servi de son journal pour instrumentaliser une guerre, il s’en servira pour sa candidature à la Présidence des Etats-Unis, étalant entre les grilles de son journal sa haine contre les étrangers, prince noir et complexe d’un royaume qui le mènera à sa perte. Le scénario d’Herman J. Mankiewicz, nourri de son dégoût pour une industrie à laquelle il aura dédié sa vie interroge ainsi avec brio ce pouvoir immense dénué de cœur et de sentiments, chose que derrière les somptueux décors la politique ne peut offrir, mais dont le cinéma se fait un vecteur idéal.

Charles Foster Kane, déjà un reflet de notre époque

Un Mank à combler


Et c’est là qu’intervient la magie du cinéma, qui avec 80 années séparant ces deux œuvres nous propose un véritable dialogue et un ajout de la part de l’un des metteurs en scène les plus talentueux de sa génération. Parce que David Fincher, comme son personnage principal de Mank à dès le début de sa carrière avec le douloureux tournage d’Alien³ eu à faire aux foudres des studios. Tout en étant parvenu à se tailler une impressionnante filmographie émaillée de grands films, de Seven à Zodiac , le besoin de contrôle et de ramasser le maximum de bénéfices des studios ne coïncidait plus avec les envies de cinéma du metteur en scène , ayant trouvé refuge chez Netflix après l’annulation de son projet 20 000 lieues sous les mers. Ayant voulu produire Mank après la sortie de son The Game en 1997 avec Kevin Spacey en tête d’affiche, le réalisateur se heurte alors une fois de plus aux refus des studios après avoir affiché le désir clair de tourner son film en noir et blanc.

Mank enfin libre

Si Jack Fincher, son père et scénariste de Mank se trouve être décédé en 2003, David Fincher garde la ferme intention de mettre en scène ce film qui lui tient particulièrement à cœur. Ainsi, en plus de dialoguer avec le film d’Orson Welles de par sa précision technique transformant le film en œuvre qui aurait pu être tournée à la même époque, David Fincher rend un un vibrant hommage à un artiste oublié et à un Hollywood d’idées et de création révolus, mettant face à face un créateur et une société de production rejetant l’indépendance et visant le profit et la manipulation de masse. L’on pourra ainsi assister, même sans la magie d’un écran de cinéma, au dialogue merveilleux entre deux œuvres qui au-delà de dialoguer se complètent parfaitement, avec la même idée d’une magie de cinéma immortelle.

Mank est disponible sur Netflix.

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