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Boulevard de la Mort, un film #MeToo avant l’heure ?
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Boulevard de la Mort, cinquième long-métrage de Quentin Tarantino, révèle aujourd’hui sa brûlante actualité au détour de son postulat et de son échec au box-office.

C’est Denis Ménochet, alors acteur du futur Inglourious Basterds, lors de la promotion de Seules les bêtes, de Dominik Moll, qui rappelait son goût et la triste actualité de la chanson de Serge Gainsbourg interprétée par France GallLaisse Tomber les Filles, reprise par April March dans le superbe générique de fin de ce Boulevard de la Mort qui nous a fait nous rendre compte de la brûlante actualité du cinquième film de Quentin Tarantino.

Film mésestimé du réalisateur et boudé au box-office lors sa sortie, Boulevard de la Mort recèle recèle pourtant un concentré pur et brut de son cinéma. Quentin Tarantino réduit en effet sa recette pour un concentré de ce qui fait son talent ; des dialogues merveilleux, des actrices superbes, une bande originale magnifique et deux grandes scènes de bagnole. Avec en toile de fond, un hommage à tous ces fous de cinéma oubliés, ces freaks oubliés qui se sont sacrifiés pour l’amour du divertissement, et un miroir annonciateur du mouvement #MeToo. Attention donc, SPOILERS pour ceux d’entre vous qui n’auraient pas encore visionné le cinquième long-métrage de Quentin Tarantino.

Boulevard de la Mort, un concentré brut du cinéma de son auteur

Échec commercial & Harvey Weinstein


Née d’une association avec Robert Rodriguez baptisée GRINDHOUSE dans laquelle les deux sales gosses mettent en scène leur goût pour la Série B et les films d’exploitation des années 70, ce Boulevard de la Mort (ou le plus classieux Death Proof en vo) se révèle tristement actuel. Ayant porté leur collaboration vers le culte en ayant engendrés Une Nuit en Enfer et Sin City, GRINDHOUSE a pourtant été injustement boudé à l’époque. Les films de Robert Rodriguez et Quentin Tarantino n’auront en effet amassés à leur sortie que la modique somme de 25 millions de dollars au box-office domestique, en rajoutant 45 millions au box-office mondial après la séparation des deux longs-métrages. Si les deux réalisateurs ont depuis déclaré que le public n’était pas forcément prêt pour un tel programme à EMPIRE, Harvey Weistein n’est pourtant jamais loin.

” Avec Grindhouse, je pensais que Robert et moi avions senti que les gens avaient un peu plus une idée sur l’histoire des doubles longs-métrages et des films d’exploitation. Non, ce n’était pas le cas. Pas du tout. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’ils regardaient. Cela ne signifiait rien pour eux, d’accord, ce que nous faisions. C’était donc un problème d’être un peu trop cool pour l’époque. “

Quentin Tarantino pour EMPIRE
Un programme alléchant, et une put*** d’affiche / / Tous droits réservés

Dans une interview, Robert Rodriguez relie en effet l’échec commercial du film à une volonté directe du producteur Harvey Weinstein qui agissait alors en réaction au casting de l’actrice Rose McGowan. Robert Rodriguez, alors en couple avec l’actrice, rencontrée peu après Sin City, avait alors appris les agissements du producteur et, malgré le fait que Rose McGowan s’était trouvée blacklistée et donc privée de casting, avait décidé de faire de l’actrice le premier rôle de Planète Terreur, en lui promettant un rôle bad-ass. Si au regard de l’éclatement du mouvement #MeToo et de l’engagement fort de l’actrice aujourd’hui remis au centre de l’actualité et consacrée au rang de personnalité de l’année par le Time en 2017, ces deux longs-métrages prennent aujourd’hui une toute autre résonnance. Quentin Tarantino, après le mea-culpa de Robert Rodriguez avait alors affirmé être au courant des agissements du producteur, ce qui offre également à Boulevard de la Mort un tout nouveau regard.

A peine avais-je terminé d’en parler avec Rose que j’ai croisé dans la même fête Harvey. A peine nous a-t-il rejoint à notre table, suite à mon invitation, qu’il a vu que j’étais en compagnie de Rose et il est devenu tout pâle. Je lui ai dit “Salut Harvey, je te présente Rose McGowan, je la trouve très talentueuse et je vais la caster pour mon prochain film.” Harvey a saisi la balle au bond dans un numéro de comédien parmi les plus exagéré que j’aie vu : “Oh oui, elle est fantastique, elle est incroyable, elle a tellement de talent, vous devriez vraiment travailler ensemble !” Et puis il s’est barré. C’est à ce moment-là que j’ai su que tout ce qu’elle m’avait dit était vrai, cela pouvait se voir sur son visage.”

Robert Rodriguez pour Variety

Balance ton pilote


Parce qu’on n’essaiera ici nullement de défendre le silence injustifié du réalisateur quand aux agissements d’Harvey Weinstein. Boulevard de la Mort se présente tout d’abord comme un slasher dopé à la fascination de Quentin Tarantino pour les cascadeurs et leur bolides les protégeant de la mort. Le cinquième long-métrage de Quentin Tarantino se mue ainsi en portrait d’un artisan oublié de sombres Séries B se servant de son bolide pour assouvir ses pulsions sexuelles meurtrières : un annonciateur, contre son gré du mouvement #MeToo lancé par des femmes ayant étés abusées par des artistes ou producteurs ayant pour véhicule un art où une profession censés les protéger de leurs pulsions et agissements.

Dans le film, la masculinité toxique y est ainsi parfaitement dépeinte. Tous les hommes, du réalisateur y incarnant un barman aveuglé par son admiration pour ce cascadeur meurtrier, aux autres hommes ne pensant qu’au sexe ou aux courses de stock-car (Le Texas Ranger Earl McGraw incarné par Michael Parks aussi présent dans Kill Bill) viendront (fatalement) troubler la balade festive de ce groupe de jeunes femmes libres et indépendantes.

Rose McGowan, première victime de Boulevard de la Mort / Tous droits réservés

[SPOILERS] Tarantino viendra ainsi renverser cette domination dans la deuxième partie de son film avec la reprise en main du terrain de prédilection de ce Stuntman Mike par un groupe de femmes pour une vengeance virulente. Ce cascadeur sera ainsi pris aux piège par ses proies, occupant désormais les bolides et le métier qu’il a pratiqués, se servant de la même arme et de leur poings pour lui rappeler la réalité. Et ainsi de clore par cette fameuse chanson, reprise par April March, (Laisse tomber les filles a laissé place à Chick Habit traduit par Habitude de nana) et les portraits superposés au générique de toutes ces femmes qui ont laissé leur vie dans ce bolide de la mort qui incarnait son art. Ce bolide le protégeant de la mort détruit, et son talent repris dans les mains de ces justicières improvisées, lui auront fait goûter le béton, comme un rappel à la réalité.

Un casting révélateur


Rose McGowan incarne, en plus de son rôle principal dans Planète Terreur, le rôle de Pam, jeune femme esseulée qui sera contre son orpre gré annonciatrice du carnage à venir, première victime à se trouver piégée dans le véhicule du prédateur. Un troublant écho, donc tant le rôle de l’actrice sert d’acte fondateur au mouvement #MeToo. Il est également plutôt amusant de relier à ce Stuntman Mike le rôle de chef cascadeur tenu par Kurt Russell dans Once Upon A Time… In Hollywood, qui semble prolonger cette vision. Le neuvième long-métrage, pétri de clins d’yeux, s’amuse ainsi au milieu de moults références à des œuvres ayant influencé le cinéma de Quentin Tarantino, à relire son propre Boulevard de la Mort.

Kurt Russell rangé des voitures dans Once upon a time…. in Hollywood / Tous droits réservés

L’épouse de ce dernier, incarnée par Zoé Bell (l’une des cascadeuses du film qui contribuera à sa raclée), dirigera de main de fer cet homme écrasé par l’autorité de cette dernière, allant même jusqu’à répéter mot pour mot ses ordres. Comme si dans le monde merveilleux du cinéma, et dans l’hommage amoureux de Quentin Tarantino à une époque fantasmée, le prédateur s’était assagi, et conscient de sa défaite s’était évertué à se plier aux règles d’un empowerment féminin. Ah, que c’est beau parfois la magie du cinéma.

Boulevard de la Mort est disponible en DVD et Blu-ray.

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